Pour Mathias une carte était vitale

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24 HEURES VITALES

Mathias avec vous pour une carte vitale active immédiatement

 

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Bonjour, je m’appelle Mathias, j’ai 27 ans et je vis depuis plus d’un an en Normandie où j’ai de la famille. J’aime vivre au grand air plutôt qu’à Paris où ma mère habite. A l’été 2012, j’avais arrêté mes études après avoir passé du temps au Danemark pour perfectionner mon anglais. Là-bas tout est si facile, les démarches administratives coulent de sources … Bref, en cette rentrée 2012, je voulais travailler… Je me suis inscrit immédiatement au Pôle Emploi. N’étant plus à la fac, ma sécu étudiante s’est arrêtée en janvier 2013. Et c’est là que tout a basculé…

J’ai déposé un dossier à la sécurité sociale, pas de réponse, j’ai demandé à voir un conseiller, toujours rien… Il m’a même dit que je n’étais plus diabétique ! J’ai oublié de vous dire que je suis diabétique insulinodépendant depuis l’âge de 4 ans ½. Et en France, quand on a une maladie génétique dont la vie dépend comme l’est le diabète, on est pris en charge à 100%. C’était le cas pour moi depuis toujours, je n’avais jamais eu à me soucier de quoi que ce soit pour mes soins quotidiens et pour le suivi de ma maladie qui n’est pas si grave que cela quand elle est traitée et bien surveillée.

De plus, pendant mes études j’avais fait des petits jobs ponctuels pour la Mairie de Paris et ça les embrouillait encore plus… La Mairie de Paris a un statut à part. Même les petites indemnités chômage auxquelles j’avais droit pour ce job d’étudiant, Pôle Emploi ne pouvait pas les prendre en charge. C’était à la Mairie de Paris de le faire, je les ai finalement obtenues non sans mal, mais après ça je n’ai même pas pu récupérer le RSA, allez savoir pourquoi… Évidemment tout fait boule de neige quand vous êtes pris dans les méandres de l’administration qui vous adresse des fins de non-recevoir : vous ne rentrez pas dans les cases, c’est pas moi c’est l’autre… Mais je restais confiant, on est en France et jusqu’à présent me soigner n’avait pas été et ne devait pas être un problème… Je ne demandais pas la green card pour m’installer aux States, juste la carte verte, celle que l’on dit vitale… !! Et pour un diabétique elle l’est vraiment, ma vie en dépend…

Les mois passaient et toujours pas de réponse, donc pas de droits de sécurité sociale ouverts. Je déposais à nouveau des dossiers dans leur boite aux lettres mais j’étais sorti des circuits et je tournais en rond, pas de sécu, pas de travail, je me sentais usé, le stress me gagnait chaque jour, et le stress ce n’est pas bon du tout pour le diabète. Avec l’aide de mes proches, j’ai payé moi-même le médecin et mon insuline tant que possible alors que je n’avais toujours pas le RSA… Mais faute de sécu, je n’avais plus le suivi nécessaire que tout diabétique doit avoir régulièrement puisque je n’étais plus pris en charge et que les frais médicaux d’hospitalisation sont très lourds. J’ai commencé à perdre complètement confiance face au broyeur des dysfonctionnements de l’administration, j’avais l’impression d’essayer d’obtenir le laissez-passer A-38 dans La maison qui rend fou des 12 travaux d’Astérix….

Je me suis donc rendu dans un centre d’action sociale, une assistante sociale ça doit connaître les démarches, non ? Et bien non, trop complexe, plus de sécu étudiante, pas de carte vitale, le statut de la Mairie de Paris…! Je leur demandais la lune, mon dossier était beaucoup trop compliqué pour eux ! Ils m’ont quand même remis un pass santé pour que je sois reçu gratuitement à l’hôpital. Je croyais que j’avais enfin une solution, mais je n’ai pas été reçu par un diabétologue, juste un médecin qui m’a prescrit en novembre de l’insuline, le minimum… Mais toujours pas d’hospitalisation de jour pour surveiller mes yeux, mes artères, mon cœur… Tout ce que le diabète peut abîmer… En janvier 2014, ce médecin s’est enfin décidé à me donner un rendez-vous pour le 26 février avec un diabétologue du CHU. Entre temps, début décembre, j’avais fait le point avec ma mère et elle m’avait proposé de revenir sur Paris où elle m’avait trouvé des pistes de travail. Mais avant de partir je voulais régler cette histoire de sécu, il le fallait c’était à devenir dingue et je ne voulais pas rater un job faute d’une réouverture de mes droits à la santé… Heureusement pour une fois, je suis tombé sur quelqu’un qui a tout compris : l’assistante sociale du CHU, elle a réussi à débloquer l’imbroglio administratif de mon dossier et à m’avoir un rendez-vous avec un responsable de la sécurité sociale. Je m’y suis rendu le vendredi 14 février, tous mes droits allaient être rouverts après plus d’un an de galère, il fallait juste attendre 3 semaines  pour que la carte soit validée, j’allais pouvoir me rendre à Paris où ma mère et un travail m’attendaient, la vie s’ouvrait à nouveau devant moi !! Ce même jour, je me rendais au CHU via le pass santé pour que le médecin me fournisse mon insuline, mais il était en vacances… Ils ne m’ont proposé aucune autre solution avant une semaine. En contrôlant mon alimentation et en faisant de l’exercice pour économiser l’insuline qui me restait, je me suis dit que ça pouvait le faire, je pouvais tenir le week-end et me rendre aux urgences si jamais ça n’allait pas. Il faut dire que j’ai hésité, j’avais été tellement trimbalé, pendant un an que je me demandais si j’avais droit aux urgences alors que ma carte n’était pas encore réactivée. Le dimanche 16 au soir, j’étais en pleine forme, après avoir quitté mes grands-parents avec un steak salade pour tout repas, j’ai vomi en rentrant chez moi, c’était la semaine des gastros, j’ai annulé une soirée prévue, je me suis allongé le temps que ça passe et je me suis endormi. Je l’ignorais, mais ce n’étais pas une gastro.

Je m’appelle Mathias, le 28 mars 2014 j’aurais eu 28 ans, j’avais la tête sur les épaules, des rêves plein la tête et la vie devant moi. Mais je ne me suis pas réveillé ce soir-là, je suis mort faute d’avoir eu assez d’insuline sur le long terme, faute d’avoir eu un suivi approprié à mon diabète depuis plus d’un an, faute de carte vitale, vitale, vitale….

Tous mes papiers de sécurité sociale sont arrivés deux semaines plus tard…

 

Pour Mathias une carte était vitale

http://pourmathiasunecarteetaitvitale.com/

Contact mail : pourmathias.appelatemoinvital@outlook.fr

 

 

 

2 commentaires pour Pour Mathias une carte était vitale

  1. bapt dit :

    Histoire tragique stupefiante ! Il faut mieux coordonner les institutions , ouvrir systematiquement les droits, obtenir plus d attention des agents du service public, et organiser le parcours de soins ! pour eviter un tel drame , il faut bien sur ouvrir les droits CMU d abord, et engager le processus administratif ensuite… G Bapt

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    • pourmathias dit :

      Bonjour, C’est ce que nous essayons de faire avec notre association. Et on y arrivera ! Quant à la CMU encore faut-il être reconnu par une caisse d’assurance maladie pour y prétendre, ce qui était justement le problème de mon fils…. Bien à vous Véronique Picard

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